reponse tonique posturale

tonus postural : corrélation des mouvements de la tête et des yeux

Pierre-Marie GAGEY

Tonus Postural : Variation de l‘activité tonique posturale et activité des muscles oculocéphalogyres en cathédrostatisme.

 

Le tonus postural des extenseurs des jambes varie sous l’influence de mouvements des yeux, mais il ne varie pas sous l’influence de mouvements de la tête, chez l’homme normal en situation assis. Ces observations sont discutées en rapport avec le réflexe tonique nucal décrit par Magnus chez l’animal et par Fukuda et Ushio chez l’homme normal.

« Le tonus postural varie à tout moment, il est continuellement en jeu. Toutes les excitations périphériques, de quelque nature qu’elles soient, sont capables de provoquer des réactions toniques. » écrivaient A. Thomas et J. de Ajuriaguerra en 1948 dans « L’axe corporel ». Et les choses n’ont pas changé depuis cette date, nous partageons simplement l’intuition de Fukuda (1961) que le tonus postural si fluide, si mouvant qu’il soit ne varie pas n’importe comment mais que ces variations, déjà observées par A. Thomas, sont soumises à des lois chez l’homme comme chez l’animal (Magnus, 1924). C’est dans cette optique, à la recherche des Lois du tonus postural, qu’on peut lire cette expérience sur les réponses toniques posturales aux mouvements de la tête et des yeux.

 

Article publié pour la première fois en 1973 dans Agressologie, 14, B : 87-96, sous le titre

 

Matériel et Méthodes

Le sujet est assis sur une table horizontale (Figure 1)

Tonus postural de base

Tonus postural de base

ses mains sont posées sur la table de chaque côté des genoux, ses jambes pendent côte à côte, décontractées (La manœuvre de JENDRASSIK est exécutée systématiquement pour obtenir, autant que possible, les mêmes conditions de décontraction), les pieds nus ne reposent pas sur le sol; une feuille de papier millimétrée est posée sur le sol, en dessous des pieds de telle façon que la ligne joignant le bord antérieur des tendons rotuliens soit parallèle à une des séries de lignes du papier millimétré. La distance qui sépare, parmi ces lignes parallèles, celles qui sont tangentes au bord antérieur de chacun des deux gros orteils est mesurée par simple visée simultanée (Figure 2). La valeur absolue de cette mesure, exprimée en centimètres, est affectée du signe + ou du signe – selon que l’orteil droit ou l’orteil gauche est le plus en avant.

Nous admettons que la valeur algébrique ainsi obtenue par une mesure à l’instant t, dans les conditions C, est une valeur d’une fonction activité tonique posturale des membres inférieurs à cet instant et dans ces conditions.

modification tonus postural

modification tonus postural

Les séries de mesures ont toujours été réalisées de façon à obtenir des échantillons appariés. La première mesure de chaque paire a toujours été faite en position primaire du regard et en position de repos de la tête. La deuxième mesure était faite en position de travail d’un ou de plusieurs groupes musculaires oculogyres et/ou céphalogyres.

 

 

Résultats

a) Position primaire du regard, position de repos de la tête (Figure 3)

Les mesures de l’intervalle entre l’extrémité antérieure des deux gros orteils faites sur 516 sujets en position de repos se répartissent selon un histogramme gaussien. La moyenne de cet ensemble gaussien est légèrement positive: m = + 0,196 cm, mais cette asymétrie n’est pas statistiquement significative (p<0,07).

b) Regard à droite.

Si, après avoir noté la position relative des orteils, la tête et les yeux étant en position de repos, on demande au sujet de tourner ses deux yeux vers sa droite, de 45º environ, tout en gardant sa tête en position de repos, on constate une variation concomitante, statistiquement importante, de la position des orteils (Figure 4). Cette variation apparaît chez 69 % des sujets examinés; le mouvement relatif d’un pied vers l’avant intéresse plutôt le pied droit (35 % des cas).

Quel que soit le pied qui bouge le déplacement en est lent, par petites saccades, il atteint son maximum en huit à dix secondes.

c) Regard à gauche.

La manœuvre commandée est symétrique de celle commandée au cours de l’expérience précédente. Les variations constatées sont comparables à celles observées au cours de l’expérience précédente (Figure 5). Le déplacement des pieds a toujours les mêmes caractéristiques: lenteur à atteindre son maximum, progression par saccades.

d) Mouvement conjugué de la tête et des yeux vers la droite.

Si, après avoir noté la position relative des orteils, la tête et les yeux étant en position de repos, on demande au sujet de tourner la tête vers sa droite et de porter ses yeux au maximum vers sa droite, c’est-à-dire de regarder derrière lui par sa droite, sans bouger ses épaules, on constate une variation concomitante de la position des pieds (Figure 6). L’histogramme de cette variation est superposable

aux histogrammes des expériences précédentes. Le déplacement du pied est toujours lent, par petites saccades.

e) Mouvement conjugué de la tête et des yeux vers la gauche.

La manœuvre commandée est symétrique de celle commandée au cours de l’expérience précédente. Les variations constatées sont comparables à celles observées au cours de l’expérience précédente (Figure 7). Le déplacement des pieds a toujours les mêmes caractéristiques: lenteur à atteindre son maximum, progression par saccades.

f) Mouvement opposé de la tête vers la droite et des yeux vers la gauche.

Si, après avoir noté la position relative des orteils, la tête et les yeux étant en position de repos, on demande au sujet de tourner la tête vers sa droite et les yeux vers sa gauche, on constate encore une variation importante de la position des orteils sous l’influence de ce mouvement (Figure 8), et cette variation conserve les mêmes caractéristiques, elle atteint son maximum lentement, progressant par saccades.

g) Mouvement opposé de la tête vers la gauche et des yeux vers la droite.

Si, après avoir noté la position relative des orteils, la tête et les yeux étant en position de repos, on demande au sujet de tourner la tête vers sa gauche et les yeux vers sa droite, on constate encore une variation importante de la position des orteils sous l’influence de ce mouvement (Figure 9), et cette variation conserve les mêmes caractéristiques, elle atteint son maximum lentement, progressant par saccades.

h) Mouvement isolé de la tête vers la droite.

La manœuvre ici commandée est simple à comprendre: tourner la tête vers la droite, garder les yeux en position primaire mais elle est délicate à réaliser. Le sujet n’a pas d’autre conscience de la position de ses globes oculaires que celle fournie par l’intention de diriger son regard dans telle ou telle direction; il faut donc lui donner un repère visuel qui soit dans la direction voulue, sinon rarement les yeux resteront immobiles dans les orbites, ils dévieront du côté où la tête est tournée, comme s’ils étaient entraînés par ce mouvement. Cette précaution prise, si, après avoir noté la position relative des orteils, la tête et les yeux étant en position de repos, on demande au sujet d’exécuter la manœuvre alors on constate statistiquement une absence de variation concomitante de la position des pieds (Figure 10).

i) Mouvement isolé de la tête vers la gauche.

La manœuvre commandée est symétrique de celle commandée au cours de l’expérience précédente; son exécution correcte demande les mêmes précautions: donner au sujet un repère à regarder qui soit dans la direction voulue. Les résultats (Figure 11) sont en tout point comparables à ceux de l’expérience précédente: il n’y a pas de variation concomitante de la position relative des pieds lorsque le sujet exécute ce mouvement isolé de la tête vers la gauche.

Discussion

Ces résultats sont étonnants car ils sont en contradiction avec le réflexe nucal bien connu, décrit pour la première fois chez l’animal par Magnus et de Kleyn (1924), retrouvé chez l’homme normal par Fukuda (1961) au cours de l’activité motrice, par Ushio (1976) au cours du test de piétinement et que nous utilisons couramment en clinique posturale (Gagey et al., 1993). Mais les situations ne sont pas les mêmes dans tous ces cas. Dans notre expérience, ici, le sujet est assis, immobile, alors qu’au cours du test de piétinement (Ushio, 1976), dans les activités sportives (Fukuda) il est debout et il marche, or il est maintenant bien admis que les stratégies posturales changent avec les situations (Horak et al., 1990). Pendant de longues années les neurologues ont dit et écrit qu’on ne retrouvait pas le réflexe nucal chez l’homme normal sauf au cours des stimulations galvaniques labyrinthiques (Thomas, 1940), nous dirions la même chose aujourd’hui en nous appuyant sur l’expérience ici rapportée, si nous ne connaissions pas aussi les travaux d’Ushio, de Fukuda, si nous n’avions pas notre expérience clinique.

Le mécanisme de la réponse tonique posturale des membres inférieurs observée lors des mouvements des yeux n’est pas clair. Est-ce une intégration sensorielle des afférences proprioceptives oculomotrices au niveau des noyaux vestibulaires? ou d’autres noyaux tronculaires qui participent à la régulation du tonus postural? Est-ce tout simplement une modification du niveau de vigilance? Ou un autre mécanisme… Rien ne permet de le dire à partir de ce travail. Mais depuis de longues années nous testons les variations du tonus postural sous l’influence de diverses stimulations et nous notons régulièrement que les réponses toniques observées lors du mouvement des yeux sont très particulières; un détail est explicite: le tonus des rotateurs externes des hanches n’est modifiée par un mouvement des globes oculaires que si les paupières sont closes. Ce dernier détail pourrait nous laisser penser que les réactions toniques observées alors ne sont pas sans rapport avec le niveau de vigilance dont les variations à l’occlusion des yeux sont bien connues. Mais il ne s’agit là que d’une piste qui reste à explorer.

Bibliographie

 

Fukuda T. (1961) Studies on human dynamic postures from the viewpoint of postural reflexes. Acta Otolaryngol. (Stockh.) Supp. 161.

Gagey P.M., Bizzo G., Bonnier L., Gentaz R., Guillaume P., Marucchi C., Villeneuve P. (1993) Huit leçons de Posturologie. (Troisième édition) Editées par l’Association Française de Posturologie, 4, avenue de Corbéra, 75012 Paris.

Horak F.B., Nashner L.M., Diener H.C. (1990) Postural strategies associated with somato-sensory and vestibular loss. Exp. Brain Res., 82: 167-177.

Magnus R. (1924) Körperstellung. Springer (Berlin).

Thomas A. (1940) Equilibre et équilibration. Masson (Paris), 564 pages.

Thomas A., de Ajuriaguerra J. (1948) L’axe corporel. Musculature et innervation. Masson (Paris), 538 pages: 37-38.

Ushio N., Hinoki M., Baron J.B., Gagey P.M., Meyer J. (1976) The stepping test with neck torsion: proposal of a new equilibrium test for cervical vertigo. Practica Otologica Kyoto, 69, Sup.3: 1369-1379 (En japonais).

 

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