Le test inspiratoire

Proposition d’un examen clinique des dysfonctions vertébrales

François Schuwer, Philippe Villeneuve

Institut de posturopodie, Paris

La posturologie nécessite la connaissance de l’état du tonus postural et en particulier celui des muscles vertébraux. Les posturopodistes disposent déjà d’un certain nombre d’examens et de manœuvres qui permettent de l’évaluer (le test posturodynamique, la manœuvre de convergence podale, la rotation de tête, etc…) mais plus le clinicien disposera de tests et plus ils seront fins, meilleure en sera l’analyse. Ce travail s’inscrit dans la recherche d’une amélioration de l’évaluation du tonus postural.

Le jeu vertébral de la ventilation

On peut illustrer le mouvement de la cage thoracique au moment de l’inspiration à l’aide d’un ballon de baudruche sur lequel ont préalablement été tracés deux traits parallèles. Plus ce ballon gonfle, plus les deux traits s’écartent l’un de l’autre. En pénétrant dans le ballon l’air dilate les parois qui se distendent témoignant de l’augmentation du volume intérieur de la cage thoracique ; laquelle est obtenue soit par l’augmentation de pression de l’air insufflé, (par l’anesthésiste ou l’appareil de ventilation artificielle) soit physiologiquement par le jeu du diaphragme mais aussi un ensemble de muscles de la cage thoracique qui mobilisent le gril costal : ils élèvent les côtes et le sternum tandis que le diaphragme s’abaisse. Tardy (1997) a analysé et décrit cette biomécanique sous l’appellation de synergie respi-statique ; selon toute vraisemblance, elle conditionne l’anticipation du déplacement respiratoire du centre de gravité ce que traduit en stabilométrie la normalité du critère AN02 (Gagey  & Toupet, 1997).

Sur un patient allongé sur le ventre,  les mouvements costaux sont limités pendant l’inspiration par le plan de la table d’examen ce qui entraîne un mouvement particulier de flexion du rachis qui s’adapte au gonflement des poumons. Cette flexion provoque un rapprochement de la partie antérieure des vertèbres et un écartement de la pointe des apophyses épineuses ; lequel provoque un étirement passif de tous les éléments para-vertébraux postérieurs : muscles, ligaments, aponévroses. Ce mouvement trouve en surface une expression  que l’examen du sujet dans cette position peut mettre en évidence.

Le test inspiratoire

Le patient étant allongé sur le ventre, le praticien se place à coté de la table d’examen au niveau de la région vertébrale qu’il teste. Il pose ses pouces sur la partie saillante de deux apophyses épineuses adjacentes, le reste de la main reposant sur dos du patient de manière à libérer ses pouces pour qu’ils puissent suivre le déplacement des pièces osseuses sous-jacentes. Il observe alors le mouvement de ses pouces en demandant au patient de faire une inspiration forcée : physiologiquement ses pouces s’écartent l’un de l’autre.

Cet examen local est répétable avec la même réponse sur ce groupe de vertèbres autant de fois et sur autant de groupes, c’est à dire de niveaux vertébraux, que souhaité.

Premiers résultats

Chez un certain nombre de sujet dont l’examen posturo-dynamique analytique était perturbé cet examen révèle soit une absence d’écartement, soit même un rapprochement, des apophyses épineuses. Ces dysfonctionnements sont observés sur un ou plusieurs niveaux vertébraux selon les cas cliniques.

Lorsqu’une stimulation plantaire a normalisé l’examen posturo-dynamique, la réponse de ce test inspiratoire se trouve également normalisée, c’est à dire que lors de l’inspiration les apophyses postérieures qui étaient immobiles ou se rapprochaient s’écartent physiologiquement.

Si cette normalisation du test inspiratoire n’apparaît que sur une zone vertébrale limitée, une autre stimulation plantaire permet souvent d’obtenir une normalisation totale de la réponse.

Au point actuel de notre expérience, ce test nous a permis de préciser le niveau de dysfonction que l’examen posturodynamique avait mis en évidence.

Lorsque l’examen posturo-dynamique analytique est perturbé d’un seul coté le test inspiratoire l’est habituellement aussi et au même étage. Il semble également, sans que nous l’ayons vérifié systématiquement, que le test inspiratoire réalisé sur la partie latérale des vertèbres, révèle des perturbations parallèles à celles de l’examen posturo-dynamique analytique.

Commentaires

L’écartement régulier et harmonieux des apophyses épineuses laisse supposer que les petits muscles para-vertébraux se laissent étirer sans problème ; par contre, lorsque cet écartement ne se manifeste pas, il est raisonnable de supposer que ces petits muscles sont contractés en permanence et/ou que leur seuil de réaction est anormalement élevé, ce qui signe une dysfonction proprioceptive.

Il semble alors normal de trouver une concordance entre le test inspiratoire et l’examen posturo-dynamique qui représentent deux manières de mettre en évidence ces dysfonctions du tonus postural au niveau vertébral.

Ce test, pour l’instant en phase d’exploration, n’est pas encore validé. Il nous apparaît important que les podologues posturopodistes qu’il intéresse l’utilisent de manière systématique en accumulant les réponses qu’ils obtiennent pour que sa validation puisse être entreprise dans un délai raisonnable. La simplicité de sa pratique et la possibilité de le réaliser sur un sujet couché plaident en effet pour une très large utilisation ; d’éventuelles différences  de ses réponses avec celles du test posturo-dynamique seraient alors, selon toute vraisemblance, riches d’enseignements.

Révélateur des dysfonctions proprioceptives au niveau vertébral, le test inspiratoire apparaît ainsi compléter la panoplie de test à la diposition du podologue posturopodiste et enrichir l’examen clinique postural.

REFERENCES

Gagey P-M, Toupet M (1997) —”Le rythme ventilatoire apparaît sur le stabilogrammes en cas de pathologie du système vestibulaire ou proprioceptif   “Posture et environnement ”  (Ed M Lacour, P M Gagey & B Weber) (pp11-28) Sauramps Médical, Montpellier

Tardy D (1997) —La synergie respi-statique ou <<S.R.S.>> “Posture et environnement ”  (Ed M Lacour, P M Gagey & B Weber) (pp 29-54) Sauramps Médical, Montpellier

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