émotion, tonus musculaire et régulation posturale :
 la face comme témoin privilégié

Ph. Villeneuve , S. Villeneuve

Depuis Duchenne de Boulogne, il est admis que le visage reflète les émotions. Les données expérimentales et cliniques ont, depuis, mis en évidence des interactions plus globales entre corps et émotion, émotions qui sont traduites à travers l’état du tonus musculaire que gère la régulation posturale. La stimulation de la sphère orale, soit par l’intermédiaire des Alphs, soit par une thérapie manuelle ostéopathique, est capable de modifier la régulation posturale. Ses résultats posent, sous une autre forme, la question de ces interactions, celle de leur partage entre impact local et réponse tonique générale et celle de leurs liens avec l’émotion. Émotion, tonus musculaire et régulation posturale:

Au hasard de vos pérégrinations, il vous est arrivé d’apercevoir une silhouette dans une attitude connue qui vous fait tourner la tête. Cette première analyse visuelle rapide de la posture, le plus souvent inconsciente, vous permet d’initier des processus de reconnaissance : « Je le connais ! » En comparant ensuite l’image réelle avec celles que vous aviez mémorisées, vous pouvez dire : « Ah ! oui, ce doit être… » Et si vous décidez d’entrer en contact avec cette personne, que vous n’aviez pas vue depuis longtemps, avant même d’avoir terminé cette identification, vous avez supputé sa situation émotionnelle ; ce jugement conclut l’analyse rapide et involontaire de sa posture. Ensuite, voir son visage vous permet certes de confirmer la première hypothèse, « C’est bien lui », mais surtout d’affiner la perception de son état émotionnel : « Tu as l’air en forme », ou : « Dis-moi, cela n’a pas l’air d’aller bien fort. »
Tonus musculaire et communication
Chacun sait sans l’avoir appris que la posture d’un individu est une forme essentielle de communication, comme le sont les expressions de son visage. Les artistes, peintres, sculpteurs, danseurs, photographes et acteurs en sont depuis toujours les témoins. Et si le masque, artifice qu’utilise l’acteur du théâtre grec comme celui du Nô japonais, permet de traduire l’émotion en associant à la parole une posture sans mimique, le mime, muet, exprime ses affects en associant gestes et grimaces.

Tels des spectateurs avertis, les posturologues perçoivent presque toujours chez leurs patients une forte imprégnation émotionnelle ; mais de quels moyens cliniques disposent-ils pour l’appréhender ? En apparence, bien peu.

Relire, à la lumière de nos savoirs sur la régulation posturale, les remarquables travaux de Duchenne de Boulogne sur le mécanisme de la physionomie humaine pourrait sans doute les éclairer. Sa taxinomie des émotions publiée en 1862 [1] décrit « le mécanisme de la physionomie humaine », ce que nous exprimerions en termes

contemporains : « Les liens qui unissent les contractions des muscles de la face aux expressions de la physionomie humaine. » La classification qu’il a proposée s’est fondée sur la stimulation électrique des muscles du visage [2], application particulière d’une technique qui lui était personnelle [3, 4] (figure 4.1). Il objectivait les réponses de ces muscles en photographiant les modifications de la face qu’elles induisent. Ce protocole l’a conduit à interpréter les réponses, normales ou pathologiques, en termes d’émotion [5]. Que sont devenues ces données anciennes et leurs interprétations novatrices, particulièrement dans une perspective de posturologie ?

 

Émotion, tonus musculaire et régulation posturale

Duchenne de Boulogne pratiquant l’électrostimulation (1862)

 

FIG. 4.1. Duchenne de Boulogne pratiquant l’électrostimulation (1862)

La relation entre expressions du visage (considéré comme une partie du corps) et émotions a trouvé une suite dans les analyses plus récentes des rapports entre émotions et posture. Et comme ces émotions sont en général associées à la douleur, notamment dans les motifs de consultation du posturologue, l’Anaes (devenue HAS) les a intégrées dès 1999 dans sa définition de la douleur chronique : « Expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, […] évoluant depuis plus de 3 à 6 mois et/ou susceptible d’affecter de façon péjorative le comportement ou le bien-être du patient, attribuable à toute cause non maligne » [6].

Petite histoire des relations entre corps, face et émotions

La source des émotions a erré dans différentes parties du corps. Hippocrate (vers 460 à 370 av. J.-C.) les localisait exclusivement au cerveau : « Non seulement notre plaisir, notre joie et notre rire, mais aussi nos chagrins, douleurs, peines et pleurs sont issus du cerveau, et du cerveau uniquement. » Aristote (384 à 322 av. J.-C.) les faisait provenir du cœur : « Ce n’est pas le cerveau ou “encéphale”, mais le cœur, source de vie, qui recèle intelligence et sentiments. » Deux mille ans plus tard, Descartes les situe dans la glande pinéale (épiphyse) : « L’homme se distingue des animaux par une âme unique, immatérielle et immortelle qui se situe dans la glande pinéale, unique comme la conscience » [7].

Le lien entre l’aspect d’une personne ou d’un animal et son caractère est connu depuis l’antiquité : il est déjà cité par Aristote sous le nom de « physiognomonie », terme provenant du grec phusis, nature, et gnomon, qui connaît. « Physionomie », qui comporte les mêmes racines, l’a remplacé plus tard ; c’est celui qu’utilise Duchenne de Boulogne. Aujourd’hui, si l’on en croit le Petit Larousse, « physiognomonie » qualifie

36 POSTUROLOGIE CLINIQUE

la « science qui se propose de connaître les hommes par l’étude de la conformation de leur corps, de leur visage », alors que « physionomie » désigne « l’ensemble des traits du visage ayant un caractère particulier et exprimant l’humeur, le tempérament, le caractère ».

Les plus grands savants des XVIIIe et XIXe siècles se sont intéressés à la face humaine et à ses expressions. En 1749, Buffon décrivait les conséquences de l’agita- tion de l’âme : « La face humaine devient un tableau vivant où les passions sont rendues avec autant de délicatesse que d’énergie » [8]. Une cinquantaine d’années plus tard, Charles Bell, chirurgien connu pour avoir décrit le nerf facial et pour avoir donné son nom à sa paralysie, rédige le premier traité connu d’anatomie et de physio- logie sur l’expression faciale [9]. Dix ans après Duchenne de Boulogne, avec qui il est entré en contact, Charles Darwin complète ses travaux par l’étude du comporte- ment postural de l’homme et l’animal. Le livre qui en découle [10] pose les fonde- ments de l’expression des émotions ; il est à l’origine du courant évolutionniste en psychologie des émotions qu’il décrit, à la suite de Duchenne, comme innées, univer- selles et communicatives (figure 4.2).

Émotion, tonus musculaire et régulation posturale

Charles-Darwin_se_met_en_scene_Courroux

 Charles-Darwin_se_met_en_scene_Evidence

FIG. 4.2. Charles Darwin se met en scène pour illustrer le lien entre posture et émotion (1872)

Mais c’est un psychologue américain, Paul Ekman, qui, dans la seconde partie du XXe siècle, renouvelle les études scientifiques sur la communication non verbale [11]. Il analyse notamment les liens entre émotions, expressions faciales et posture [12], et contribue à définir les émotions de base [13]. Ses observations sur les aborigènes d’une tribu de Papouasie-Nouvelle-Guinée, isolée du monde, ayant une culture de « l’âge de pierre » [14], lui ont permis de confirmer les observations de Duchenne et de Darwin sur l’universalité de la représentation corporelle des émotions [15] et de définir les six émotions de base : tristesse, joie, colère, peur, dégoût, surprise [16]. Son équipe devient capable de distinguer les « vrais » sourires, ceux qui expriment une joie sincère (ils impliquent la contraction de orbicularis oculi, muscle entourant les yeux, qu’elle nomme « sourires de Duchenne » [17]) des « faux », sourires de convenance, volontaires, activés uniquement par les grands zygomatiques [18, 19]. Mais si « à chaque émotion correspond une configuration des muscles sous-jacents » de la face, le reflet des émotions n’y est pas uniquement localisé : « De la même façon qu’il y a des universaux dans ce qui provoque l’émotion, il y en a aussi dans les changements que subit notre corps lorsque nous ressentons une émotion » [15]. Cet

élargissement de l’expression des émotions à l’ensemble des muscles est, en 1997, repris par Berthoz : « La posture n’est pas seulement maintien de l’équilibre, elle est aussi l’expression des émotions. Darwin avait montré comment les différentes syner- gies posturales sont utilisées pour exprimer des sentiments. Chacune des postures est à la fois expression d’une émotion et préparation à l’action » [20].

CLINIQUE POSTURALE ET ÉMOTION

Ceci dit, les posturologues se posent quotidiennement la question soit de la parti- cipation émotive dans le déséquilibre tonique du défaut d’aplomb [21] soit, récipro- quement, de la perception comme émotion des anomalies du tonus musculaire [22, 23] que Da Cunha qualifiait de « syndrome de déficience posturale » (SDP). Deux tests cliniques caractéristiques de l’examen postural du tonus, le test dit de Romberg postural et l’épreuve posturodynamique, permettent, par exemple, d’illustrer ces interactions complexes. Le premier explore essentiellement la direction et l’ampli- tude des oscillations posturales, le second les hypertonies de l’axe corporel et leur répartition.

Oscillations posturales et émotions : le test de Romberg

Deutsch est certainement le premier clinicien à avoir examiné, en 1949, les oscillations posturales de patients présentant des troubles émotionnels [24, 25]. Suivant l’enseignement de Baron [26], puis de Gagey [27], le test de Romberg a été systématiquement intégré, depuis 25 ans, dans l’examen clinique posturologique de routine. Primitivement décrit en 1846 comme élément de l’examen neurologique du Tabes dorsalis [28], il consiste à observer les oscillations posturales d’un patient debout, les bras tendus, les pieds joints et les yeux fermés (figure 4.3). Deutsch

Romberg

FIG. 4.3. Test de Romberg.

38 POSTUROLOGIE CLINIQUE

estime qu’il peut être un indice de troubles émotionnels, surtout lorsque l’ampli- tude des oscillations antéropostérieures est majorée, ce que semblent confirmer deux travaux cliniques récents [29, 30] : une oscillation supérieure à deux phalanges sur l’axe antéropostérieur décèlerait des patients « instables », émotion- nellement « déséquilibrés », alors que l’absence d’oscillation témoignerait d’un hypercontrôle lors de troubles obsessionnels-compulsifs. L’amplitude des oscilla- tions antéropostérieures enregistrées en stabilométrie semble aussi liée au niveau d’anxiété [31, 32].

Hypertonie généralisée et syndrome de déficience posturale

Le SDP tel que l’a décrit Da Cunha en 1979 [33] comporte une hypertonie para- vertébrale de l’ensemble des unités vertébrales. Unilatérale [34] ou bilatérale, elle signe le « véritable syndrome postural systématisé » (Boquet [35]). Ce type d’hyper- tonie, que l’on retrouve fréquemment chez les rachialgiques chroniques et les fibro- myalgiques [36], avait été étudié chez l’animal par Magnus [37], initiateur des travaux sur les réflexes posturaux. Il a mis en évidence que des stimulations corticales engen- drent des réactions statiques générales, alors que des stimulations sous-corticales, thalamiques ou « myélencéphaliques » (du bulbe rachidien) entraînent des réactions statiques segmentaires ou locales.

Fibromyalgie, lombalgie chronique, syndrome des intestins irritables, récemment regroupés sous le terme de « pathologies neurofonctionnelles », auraient comme point commun une hyperexcitabilité centrale [38-40]. Elles pourraient provenir de traumatismes cervicaux [40, 41] et être associées à des troubles émotionnels [42] parfois très précoces [43]. Cette hyperexcitabilité centrale entraînerait un abaisse- ment du seuil douloureux [43] et du seuil de réaction musculaire [41] traduit par une hypertonie neuromusculaire de l’axe rachidien. Or l’épreuve posturodynamique [45] permet d’évaluer la physiologie de la biomécanique et du tonus musculaire au niveau rachidien.

L’épreuve posturodynamique et les émotions

Reproductible [46-48], maillon essentiel de l’examen clinique [49], elle permet de classer les patients posturaux en fonction de leur hypertonie localisée ou systéma- tisée [34], ces derniers présentant une symptomatologie plus riche.

La cinétique vertébrale physiologique associe, aux niveaux lombaire et thora- cique, toute latéroflexion à une rotation controlatérale. Si le rachis cervical supérieur subit la loi commune – latéroflexion avec rotation controlatérale –, le rachis cervical inférieur associe une rotation homolatérale à l’inclinaison. Ces deux mouvements de rotation opposés au niveau cervical se neutralisent : une inclinaison latérale de la tête s’effectue physiologiquement dans un plan parfaitement frontal, sans rotation. L’épreuve posturodynamique met en évidence la conformité ou non de cette réponse à une flexion du tronc sur le patient debout [45] (figure 4.4). Lorsque cette réponse ne s’effectue pas selon la physiologie, la case correspondante du tableau de résultat est marquée d’une croix (tableau 4.1).

A Epreuve_posturo-dynamique_cervicale B Epreuve_posturo-dynamique_Lombaire

FIG. 4.4. Épreuve posturodynamique. A. Au niveau cervical, le praticien ne retrouve normalement pas de rotation, lors de l’inclinaison. B. Au niveau lombaire, en revanche, le praticien doit trouver une rotation opposée à l’inclinaison. Ces réponses sont dites « physiologiques ».

TABLEAU 4.1 – EXEMPLE DE COTATION DE L’ÉPREUVE POSTURODYNAMIQUE DANS LES TROIS SITUATIONS DE L’HYPERTONIE PARAVERTÉBRALE.

a. Dysfonction localisée dorsale gauche
Gauche Droite
Cervical
Dorsal ×
Lombaire
b. Dysfonction systématisée latéralisée droite
Gauche Droite
Cervical ×
Dorsal ×
Lombaire ×
c. Dysfonction systématisée généralisée
Gauche Droite
Cervical × ×
Dorsal × ×
Lombaire × ×

ESSAI DE TRAITEMENT MANUEL DES DYSFONCTIONS POSTURALES LIÉES À CERTAINS TROUBLES ÉMOTIONNELS Premières constatations

L’hypothèse, ancienne, qui sous-tend la suite de cet exposé résulte de la convic- tion que stimuler les muscles de la face se justifie pour deux raisons. La première, anatomique, est liée à leur très importante représentation corticale somatotopique des aires sensitive et motrice. La seconde, clinique, découle de la possibilité, démontrée avec Alfredo Marino [50], de réguler la posture par des traitements intrabuccaux comme les podologues savent le faire avec les orthèses plantaires [51]. Les Alphs, collages de résine photopolymérisée, sont positionnés spécifiquement sur les faces vestibulaire ou linguale des dents des deux arcades dentaires. Stimulant soit la muqueuse labiale, soit la muqueuse linguale, ils induisent des réactions posturales dont l’orientation est prévisible. Le résultat de ces essais est localement perceptible par un examinateur entraîné (analyse/palpation sensorielle), au niveau des muscles de la face. Il est contrôlable au niveau de l’ensemble de l’axe corporel par l’épreuve posturodynamique. Outre cette traduction sur le tonus, il l’est aussi par des modifica- tions stabilométriques [52] et par des modifications de la localisation visuelle spatiale [53]. Des réflexes d’orientation posturale à départ buccal comparables ont été décrits dès 1936 par Hooker [54] sur le fœtus puis (1952) par André Thomas et Sainte-Anne Dargassies sur des nouveau-nés et de jeunes nourrissons [55].

Le traité de physionomie de Duchenne pose alors une question : peut-on envi- sager que les Alphs agissent non seulement en régulant le tonus, mais également par une « régulation émotionnelle » ? En effet, s’il existe un rapport direct entre le mouvement d’un muscle et une émotion, si, en suivant Darwin et Ekman, cette émotion peut se traduire en une posture particulière, il est envisageable de supposer qu’une émotion répétée de nombreuses fois modifie peu à peu la morphologie du visage, sculptant des rides dites « d’expression ». Et cette variation du tonus des muscles du visage liée à l’émotion pourrait être synergique d’adaptations posturales. Cette supposition nous a incités à essayer de compléter la stimulation par les Alphs des seuls muscles liés à la bouche par un traitement informationnel manuel de l’ensemble des muscles du visage.

Approche clinique

Il n’est certes pas ici question d’une recherche, mais d’une tentative de confronta- tion d’idées en rapport avec la posturologie, dans l’espoir de susciter échanges et communications.

L’expérience nous a montré que les meilleurs résultats de traitement sont obtenus, chez les patients qui se déclarent anxieux ou phobiques, à l’interrogatoire, et dont l’épreuve posturodynamique révèle une hypertonie, uni- ou bilatérale, sur l’ensemble de l’axe rachidien, associée à des oscillations antéropostérieures importantes au test de Romberg.

Hypertonie posturale et hypertonie des muscles de la face

Il est alors apparu cohérent de vérifier si, chez ces patients, cette hypertonie posturale s’accompagne d’une hypertonie localisée à un muscle de la face. Une analyse/palpation permet de l’identifier et éventuellement de la traiter. Le patient est placé en décubitus dorsal, la tête en légère extension afin de sensibiliser le tonus des muscles du visage. Le praticien, assis à la tête du patient, teste avec l’index trois étages, un supérieur, un moyen et un inférieur, déterminés par leur innervation sensi-

ÉMOTIONS, TONUS MUSCULAIRE ET RÉGULATION POSTURALE… 41

tive trigéminale (V), respectivement le nerf ophtalmique (V1), le nerf maxillaire (V2) et le nerf mandibulaire (V3). Le centre de chaque zone détermine le point à explorer (figure 4.5) : celui de l’étage supérieur à la partie inférieure du frontal, entre les sour- cils ; celui de l’étage moyen au niveau du maxillaire, à la partie supérieure du sillon nasolabial, juste sous le nez ; celui de l’étage inférieur (mandibulaire) juste au centre du sillon labiomentonier. À la pression légère que le praticien effectue alternative- ment sur chaque point il ressent, en cas de dissymétrie tonique, une traction latérale ou pendulaire orientée vers le muscle hypertonique.

APoint_de_palpation_faciale_Frontal
Point_de_palpation_faciale_Maxillaire C Point_de_palpation_faciale_Mandibulaire

FIG.4.5.Points de palpation faciale. A.Point frontal. B.Point maxillaire. C. Point mandibulaire.

Possibilités thérapeutiques

Les données ici rapportées ont été obtenues avec la technique dite « d’inhibi- tion », l’une des plus anciennes techniques de manipulation pratiquée en ostéo- pathie ; d’autres peuvent sans aucun doute être utilisées. Dans sa forme habituelle, une pression ferme et constante avec un ou deux doigts sur la zone à traiter modifie après quelques secondes la tension des tissus sous-jacents qui apparaissent relaxés (plus mobiles) alors que le patient annonce une diminution de sa douleur [56]. Au niveau de la face, la sensation de relaxation musculaire que perçoit le praticien peut être isolée : la zone traitée n’est pas toujours initialement douloureuse. L’action géné- rale sur le tonus prime ici l’action locale.

L’épreuve posturodynamique, le test de Romberg et la diminution de la douleur traduisent immédiatement le résultat du traitement manuel sur la régulation posturale. Sans un protocole spécifique, il est plus difficile d’objectiver ces résultats sur les trou- bles émotionnels, bien que les patients ressentent le plus souvent une détente immé- diate ; ils disent, le mois suivant, se sentir moins anxieux, voire moins phobiques. Deux publications très récentes semblent confirmer ce type d’approche : des traitements qui améliorent la stabilité posturale diminuent l’anxiété et améliorent l’estime de soi, chez l’enfant [57] ; agir sur le tonus des muscles buccaux modifie les émotions [58].

Il est ainsi possible que, chez des patients présentant des troubles émotionnels et notamment de l’anxiété, des traitements manuels appliqués à la face modifient favo- rablement la régulation posturale et puissent participer à la modulation de ces émotions excessives.

CONCLUSION

Les relations entre posture, attitudes et émotions ouvrent un chapitre passionnant, mais difficile, de recherche clinique. Autant le posturologue trouve profit à connaître ces relations, autant une intervention de sa part dans la gestion des états émotionnels demande le recours aux diverses compétences que peut apporter un réseau structuré : l’examen clinique postural élargit le champ déjà complexe des rapports entre émotion et corporalité.

Bibliographie

 

Laissez un commentaire

*

*